Communiqué de presse: Les contrats de Bruno Le Maire incapables de dissiper le brouillard de la filière laitière
Le 1er avril 2011 marque une première étape dans le processus de contractualisation au sein de la filière laitière (décret du 30 décembre 2010). En effet, les transformateurs ont l'obligation de proposer un contrat à leurs fournisseurs avant cette date, pour une durée minimum de 5 ans, spécifiant notamment les volumes à livrer par période, les modalités de détermination du prix du lait, etc. Cependant, comme l'avion de Bruno Lemaire qui après 6 tentatives infructueuses d'atterrissage à dû s'avouer vaincu par le brouillard d'Aurillac où il devait assister au Congrès de la FNPL, la contractualisation se montre incapable d'éclaircir l'avenir des producteurs laitiers.
La mise en oeuvre des contrats telle qu'elle s'opère laisse les producteurs seuls face aux laiteries. En effet, la constitution d'Organisations de Producteurs (OP) était sensées permettre la défense collective des intérêts des éleveurs dans ce nouveau schéma, mais elle n'est toujours pas effective faute de cadre légal, puisque le décret concernant ces OP n'est attendu que pour la fin de l'année 2011 au plus tôt (dans l'attente d'une législation européenne pour l'encadrer). Aussi, alors que la contractualisation devait redonner du pouvoir aux producteurs aux dires de ses promoteurs, sa mise en oeuvre précipitée, au contraire, laisse seuls les éleveurs face aux groupes laitiers. On met la charrue avant les boeufs et on laisse la voie libre aux coopératives qui de par leur statut prétendent intégrer déjà légalement leurs propres OP, alors que l'administration de ces méga groupes laitiers n'a cessé de s'éloigner des intérêts des coopérateurs. L'intégration verticale des OP au sein des coopératives est en ce sens un piège tendu aux producteurs et une tergiversation de leur fonction supposée. Dans ces conditions, nous invitons les producteurs de lait à ne pas signer ces contrats tant que le cadre législatif ne permet pas une réelle organisation collective des producteurs.
D'autre part, le passage de la gestion des quotas laitiers des CDOA aux Bassins Laitiers interrégionaux (Auvergne-Limousin pour le Cantal), qui se met en place dans le cadre de ce même procesus de réorganisation de la filière laitière, signifie un éloignement du lieu de décision par rapport au territoire local. Il contribue également à concentrer la production dans les zones les plus productives au sein des Bassins, renforçant par la même la désertification agricole.
Finalement, ce nouveau système contrats – OP – Bassins Laitiers, amené à se substituer totalement à celui des quotas laitiers (qui expire en 2015), ne rompt en rien avec la complexité décriée du précédent modèle. Il ne règle pas non plus la question centrale du prix du lait: en habillant une libéralisation de fait, il livre toujours plus le revenu des producteurs aux aléas du marché. Les contrats n'offrent, en effet, aucunes garanties aux producteurs concernant leurs revenusqui restent dans le brouillard, toujours soumis, en particulier, à l'évolution incertaine des cours de la poudre de lait (pas représentatifs du prix des produits laitiers, qui plus est).
Dans ce contexte, la Confédération Paysanne invite les producteurs de lait à ne surtout pas signer ces contrats. Elle réitère, de plus, sa demande de donner d'abord un cadre aux paysans pour s'organiser avant de les obliger à signer pour une durée minimum de 5 ans sans pouvoir établir un rapport de force plus équitable. Il est également indispensable que ces OP soient dotées d'un réel pouvoir de négociation afin qu'elles représentent pour les producteurs une vraie opportunité de reprendre le contrôle de leur activité. Nous serons vigilants à la définition de leurs objectifs et missions dans le décret les institutant.
Par ailleurs, l'Etat ne peut s'effacer face à la contractualisation. Son rôle est, en effet, d'encadrer ce nouveau système comme un arbitre qui empêche tout abus. Il lui faut notamment, établir des critères objectifs pour la fixation du prix du lait intégrant en particulier les coûts de production. Surtout, les contrats ne peuvent se substituer à une maîtrise publique des volumes de production de lait,avec un ajustement nécessaire de l'offre à la demande au niveau européen.
PAS DE CONTRATS SANS ORGANISATIONS DE PRODUCTEURS FORTES !
REPRENONS LE CONTROLE DE NOTRE ACTIVITÉ !
DEFENDONS LA PRODUCTION LAITIERE LOCALE !
L'ETAT NE DOIT PAS ABANDONNER LE REVENU DES PRODUCTEURS AU MARCHE!
Confédération Paysanne du Cantal
22 mars 2011, Aurillac