communiqué de presse CP15

Lundi 1 mai 2006

La Confédération paysanne du Cantal a organisé samedi dernier une journée intitulée « Agriculture paysanne : un territoire vivant de ses terroirs » dont le point d’orgue était une conférence donnée en soirée sur le thème « Qu’est-ce que la qualité ? Comment et sur quels critères identifier les produits alimentaires ? ». Le thème de cette conférence n’avait pas été choisi par hasard puisque les filières qualité font partie de la rhétorique cantalienne depuis des années, sans qu’on en sente vraiment les effets sur les revenus paysans.


Au centre de la problématique qualité en Auvergne se trouve bien évidemment l’AOC Cantal dont le cahier des charges est en révision depuis une dizaine d’années. Une dernière mouture de celui-ci a été présentée et fait l’objet de réunions du CIF1. La commission lait l’a examinée, en particulier la partie qui concerne les producteurs de lait : l’alimentation des vaches.


On peut se féliciter de quelques avancées :

  • La séparation par 30 jours des fromages Cantal jeune, entre-deux et vieux (alors que dans le cahier des charges actuel un seul jour les sépare) ;
  • L’interdiction de l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés dans l’alimentation des vaches et de la culture d’OGM sur les exploitations produisant du lait destiné à être transformé en Cantal ;
  • Le choix de ne garder qu’un seul process de fabrication : le process long.


Le cahier des charges présenté demande pour l’alimentation des vaches dont le lait sera transformé en fromage Cantal :

  • 70% d’herbe sous toutes ses formes (ensilage, foin, herbe pâturée, enrubannage) dans la ration de base

  • 120 jours minimum de pâturage

  • 5kg de foin minimum par jour (lorsque le pâturage ne couvre pas les 70% de la ration de base)

    La Confédération paysanne du Cantal tient à donner son avis sur le sujet bien qu’elle ne soit jamais consultée par le Centre Interprofessionnel des Fromages. Celui-ci compte discuter éventuellement de notre participation à cette structure une fois que le cahier des charges sera accepté et le nouveau décret de l’AOC Cantal paru. Nous aurions alors à appliquer des règles que nous désapprouvons !

    Pour nous ce projet de cahier des charges est encore trop laxiste et ne peut en aucun cas permettre de mieux valoriser notre fromage emblématique qu’est le Cantal, et encore moins apporter une plus-value sur le prix du lait payé aux producteurs. Il est essentiel pour obtenir de meilleurs prix de réduire les volumes, et donc de mettre en place un cahier des charges précis et contraignant qui impose une démarche volontaire pour le suivre. Celui qui nous est proposé est accessible à l’ensemble des exploitations laitières du département, donc la donne ne changera guère : comment dès lors dégager une quelconque plus-value ? Un point tout technique sur lequel nous tiquons aussi : comment contrôler simplement si les éleveurs donnent effectivement 5kg de foin par jour à leur vaches ?

    Par ailleurs, ce projet de cahier des charges manque encore de lisibilité pour le consommateur étant donné qu’il n’exclut toujours pas ensilage d’herbe, ensilage de maïs et enrubannage, qui, outre une incidence sur la qualité fromagère des laits, ont une mauvaise image dans l’esprit des consommateurs.

    En outre, il sera toujours possible de faire du Cantal avec du lait thermisé. Le lait cru n’est toujours pas la règle.

    La Confédération paysanne du Cantal reste sur les positions qu’elle ne cesse de répéter depuis que ce cahier des charges est en procédure de révision : pour une AOC Cantal forte, il faut une alimentation tout herbe-tout foin (exclusion de l’ensemble des fourrages fermentés) et un fromage au lait cru.

Il est compréhensible que l’interprofession ne nous veuille pas dans ses rangs quand on voit les collusions qui existent : Mme Cor appelle les producteurs à payer une cotisation supplémentaire à la FNPL (fédération nationale des producteurs laitiers) branche lait de la FNSEA (équivalente en quelque sorte de la Commission lait nationale de la Conf) pour qu’ils soient mieux représentés en brodant sur le thème de « il faut payer pour être représenté » (au sein de son propre syndicat pour lequel on a déjà acquitté une coquette cotisation). Que la FDSEA prennent ses adhérents pour des tiroirs-caisses, c’est leur problème. Par contre que les laiteries se fassent son messager auprès de tous les producteurs et par dessus tout qu’elles mettent en place un système de prélèvement sur les paies de lait au service de la FDSEA, c’est complètement intolérable ! Les laiteries deviennent les percepteurs d’un syndicat professionnel d’agriculteurs. On comprend mieux ensuite comment celui-ci ne peut s’opposer à la baisse du prix du lait qu’elles décident et qu’il ne soit pas en force pour négocier un cahier des charges AOC Cantal au lait cru qui compliquerait la tâche des industriels qui transforment une grosse partie du volume de ce fromage.

A quand une fusion regroupant FNSEA, FNIL (fédération nationale des industries laitières) et FNCL (fédération des coopératives laitières) ? Peut-être les paysans verraient-ils alors plus clairement qui défend leurs intérêts de producteurs.


Nous demandons aux laiteries de nous expliquer par courrier, ou voix de presse la mise en place d’un tel système qui mélange les genres et rendrons compte de leur réponse aux producteurs.

Commission lait CP15, 27 avril 06, Aurillac

1 CIF : Centre Interprofessionnel des Fromages

Par Confédération Paysanne du Cantal
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