1/ Cotisation syndicale prélevée par les laiteries
Le 27 avril, la commission lait de la Confédération paysanne du Cantal tenait une conférence de presse dont l'un des sujets était la mise en place d'une nouvelle cotisation départementale pour les producteurs de lait. Cette cotisation, destinée à financer la FNSEA (via la FNPL), était demandée par les laiteries, et celles-ci devaient prélever la somme en question sur les paies des producteurs s'ils en donnaient l'accord. La Confédération paysanne du Cantal trouvait inadmissible que les laiteries deviennent ainsi les trésoreries d'un syndicat.
Nous avions interpellé l'ensemble des laiteries collectant dans le département par courrier recommandé. Certaines ont pris la peine de nous répondre. Ainsi, comme nous nous y étions engagés, nous tenons à rendre public leurs réponses :
Les laiteries Wälchli,Union Laitière Auvergne Gévaudan (courriers joints) nous informer par courrier de leur décision de ne pas diffuser le courrier de la FDSEA, le directeur de Lactalis nous a fait savoir par téléphone le 23 mai qu'ils ne diffuseraient pas de courrier syndical quel qu'il soit. Ces trois laiteries ne mettront évidemment pas en place non plus de système de prélèvement au service de la FNPL.
Monsieur Chateau, président du Groupe Altitude (ex Centrelait) nous a, quant à lui, expliqué dans un courrier que toutes les laiteries mettaient en place ce système (ce que les réponses citées ci-dessus démentent) et qu'il ne s'agissait pas d'une cotisation syndicale puisqu'elle était au profit de la FNPL et non de la FDSEA.
Les autres laiteries n'ont pas daigné nous répondre.
Rappelons ici pour que ce soit clair pour tous que la FNPL est une association spécialisée de la FNSEA (l'équivalent serait la commission lait nationale de la Confédération paysanne en quelque sorte). Les adhérents de la FNPL sont les sections laitières des FDSEA et FRSEA. Il s'agit donc bien d'une cotisation syndicale (certes un peu maquillée, mais avec du fond de teint bas de gamme). Il suffit pour s'en convaincre d'aller voir le site de la FNPL (voir en pièce jointe au dossier).
Nous remercions les laiteries qui ne sont pas entrées dans ce jeu et rappelons aux autres que la FDSEA-JA ne représentent que 46% des producteurs qu'elles collectent et qu'il serait bon qu'elles respectent les autres.
Nous souhaitons rappeler à l'ensemble des producteurs par ailleurs que les accords interprofessionnels sur la baisse du prix du lait signés au CNIEL (auquel la Confédération paysanne n'est pas la bienvenue) le sont par la FNPL qui prétend défendre leurs intérêts !
2/ Redistribution laitière
La Confédération paysanne a déjà dit à plusieurs reprises qu'elle était contre l'augmentation de quota qui a été décidé par l'Union européenne. Cette augmentation de 1,5% (0,5% par an sur 3 ans) du quota laitier national a été décidé en dépit du bon sens.
D'une part, la France est en sous-réalisation chronique... ce qui tenderait à prouver que ce lait n'est pas nécessaire. On peut citer en exemple la situation dans le Grand Ouest : 3 laiteries sont dans l'incapacité de payer leurs producteurs car elles ne valorisent par leur lait (il est revendu à d'autres laiteries). Les laiteries voisines ne veulent pas « récupérer » ce lait (et donc les producteurs). Quelle solution est-on en train d'échafauder ? La mise en place d'une cotisation « solidarité » que l'ensemble des autres producteurs du Grand Ouest paieraient en sus des autres sur leur paie afin de permettre à ces 3 laiteries de payer leurs producteurs. Le volume de lait concerné par ce problème est de 110 millions de litres soit... 0,5% de la référence nationale. On serait tenter de croire que ce lait est en trop (puisque non valorisé) et plutôt que de demander encore aux producteurs de se cotiser, il paraîtrait plus judicieux de répartir le volume à ne pas produire entre l'ensemble des producteurs. Au contraire, on augmente d'encore 0,5¨% la production nationale !
D'autre part, et c'est le point nouveau que nous voulons souligner aujourd'hui, le Ministère a décidé de redistribuer cette allocation supplémentaire de 0,5% de la référence nationale de la façon suivante : 0,5% de sa référence à chaque demandeur.
Ainsi, dans le Cantal, la référence totale étant d'environ 400 millions de litres, 2 millions de litres seront donc à redistribuer à l'ensemble des demandeurs ayant produit 95% de sa référence en moyenne sur les deux dernières années. Encore une fois on va donner moins à ceux qui ont peu, et plus à ceux qui ont beaucoup... un petit producteur de 100 000 L nécessitant d'être conforté recevra 500 L de référence alors qu'un GAEC produisant déjà 500 000 L revevra 2 500 L. Sous des aspects pseudo-égalitaires, on organise toujours l'injustice et la disparition des petits et moyens paysans.
3/ Prix du lait
On ne peut pas aborder les deux sujets précédents sans revenir une fois de plus sur le prix du lait, à nouveau en baisse suite à l'accord du 26 avril dernier signé par les trois familles dont les soi-disants représentants des producteurs : la FNPL. Cet accord entérine une nouvelle baisse de 8,4€/1000L de lait pour le deuxième trimestre 2006 (hors flexibilité). A ce jour cet accord n'est d'ailleurs plus respecté par Sodiaal et Lactalis qui mettent encore la pression sur les producteurs pour financer la sempiternelle « restructuration » (dont on ignore quand elle finira). Les producteurs sont-ils d'accord avec Lemetayer, Guyau, Brichart et consort qui veulent leur faire payer la « nécessaire compétitivité » et progression des parts de marché de l'industrie laitière française sur le marché mondial ? Nous ne le croyons pas. Nous le croyons d'autant moins que même avec les 150 000 agro-managers que souhaite la FNSEA, la France ne sera pas compétitive face à des pays ayant des avantages comparatifs pour cette production (géographique pour un pays comme la Nouvelle-Zélande ; économique et structurel pour des pays latifundistes du sud de l'Amérique)
Le prix du lait n'a évidemment jamais été aussi bas (nous avons rejoint le niveau de 1975). Rappelons qu'il n'a cessé de baisser depuis le démantèlement de l'OCM en 2001. Depuis cette date, l'interprofession « gère » la crise sans pour autant remettre en cause le système qui y conduit. Bien au contraire, le conseiller de M. Bussereau confirme défendre la filière et non les paysans et poursuivre la modernisation, c'est-à-dire : restructurer, éliminer. L'Etat aidera pour cela, il l'a déclaré lors d'un discours devant la FNPL. L'avenir des paysans sera donc dans les mains de l'OMC. Il est intéressant de noter ici que le prix payé aux producteurs français est l'un des plus bas d'Europe : seules la Lituanie et la Pologne font pire que nous !
Or aujourd'hui, les paysans sont dans une situation intenable de baisse du revenu. D'autant qu'elle est aggravée par des sécheresses successives qui engendrent de graves problèmes de trésorerie sur la plupart des exploitations. Dans le contexte décrit plus haut, la seule solution qu'on propose aux paysans est celle de la fuite en avant (agrandissement, endettement) ou la disparition pure et simple.
La Confédération paysanne ne l'accepte pas. Les producteurs ne veulent pas se laisser enfermer dans cette spirale infernale que leur proposent les accords successifs à la baisse signés de plus en plus rapidement par les trois familles du CNIEL.
Il est temps aujourd'hui de prendre en compte la rémunération du travail paysan pour notre survie mais aussi pour celles des territoires.
Après ces constations, il nous semble important que les producteurs prennent enfin conscience du double discours de la FNPL (qui est bien l'une des branches spécialisées de la FNSEA-JA) qui au niveau local s'insurge des baisses de prix du lait mais demande à ses producteurs (et aux autres) de se cotiser pour que le Cantal puisse s'acheter des sièges dans leur propres instances nationales et qui d'un autre côté signe les accords qui poussent des milliers de producteurs vers la sortie.
Nous savons que lorsque le pouvoir sera dans leurs mains sous la forme d'un bulletin de vote, ils sauront montrer qu'ils en ont assez.
Pour la Confédération paysanne, les prix rémunérateurs doivent venir dans un premier temps d'une maîtrise de la production laitière.
De plus, la PAC est déjà en renégociation à Bruxelles. Il faut la changer : répartir et plafonner les aides agricoles. La Confédération paysanne s'est positionnée pour cela et a rédigé un projet « pour une autre PAC » et pour une agriculture paysanne respectueuse des producteurs.
Il est nécessaire que les producteurs voient clairs dans les mécanismes qui les conduisent à leur perte en leur chantant que c'est pour leur bien !
Commission lait CP15, 28 juin 06, Aurillac